Joint Academies Bootcamp : former ensemble les chefs de demain
Du 14 au 22 juin 2026, l’école nationale des sous-officiers d’active (ENSOA) a organisé le premier Joint Academies Bootcamp (JAB), réunissant à Saint-Maixent-l’École des élèves sous-officiers issus de 3 armées otaniennes. Intégrés aux sections d’élèves français, ils ont participé à une semaine d’aguerrissement destinée à évaluer et renforcer leur potentiel de futur sergent, leur capacité d’adaptation et leurs aptitudes à agir ensemble, dans l’effort.
Quand la météo joue le jeu
La température dépasse les 40 degrés. Face à l’obstacle, les ordres fusent en plusieurs langues. Un geste suffit pour se comprendre et reprendre la progression. Les 259 élèves de la 389ᵉ promotion et leurs 18 camarades italiens, espagnols et grecs ne forment plus des délégations distinctes : intégrés à la 21ᵉ compagnie, ils agissent au sein d’une même coalition.
« Dans des conditions météorologiques aussi extrêmes que ces fortes chaleurs, il n'est pas envisageable de suspendre les entraînements. Cette expérience leur apprend à s'adapter et à prendre le dessus sur les intempéries, une compétence indispensable." Lieutenant-colonel Charles, chef du bureau prospectives et relations internationales.
Sous le regard attentif d’une délégation belge de l’Ecole Royale des Sous-Officiers, les stagiaires sont plongés dans le programme d’aguerrissement de l’ENSOA. Pistes d’audace, ateliers techniques, progression tactique, exercices de combat au corps à corps, rappel et escalade composent le menu de la semaine, où le jour et la nuit ne sont que deux visages d’une même endurance.
L’effort comme langage commun
L’aguerrissement est un laboratoire d’apprentissage hors norme. Fatigue, chaleur, imprévus : la contrainte force à dépasser les habitudes pour rechercher l’efficacité collective. La valeur des ateliers ne réside pas seulement dans l’épreuve physique mais dans sa révélation : la capacité d’écoute, d’explication et de décision tout en maintenant la cohésion du groupe. Benjamin, engagé volontaire sous-officier (EVSO) témoigne :
« La formation des Grecs dure trois ans, ils ont déjà effectué deux ans de formation et nous apportent une expérience différente, avec une approche plus mature. »
En point d’orgue, un raid d’une durée de 24 heures. Entre déplacements, missions tactiques et séquences de combat, les groupes ont dû définir leurs rôles, ajuster leurs procédures et gérer leur potentiel dans la durée. L’activité suit un rythme circulaire, ignorant la fatigue pour ne servir que la mission. Lorsque les mots manquent sous l’essoufflement, la précision du geste et la confiance accordée au camarade deviennent la langue universelle.
« Nous leur traduisons les consignes quand c’est nécessaire et une vraie cohésion s’est créée dans le groupe. On s’apprend des mots de français et de grec, ce qui rend les échanges encore plus enrichissants. » EVSO Benjamin.
Former aujourd’hui les chefs qui agiront ensemble demain
La coopération militaire internationale ne se décrète pas en mission. Elle se forge en formation. C’est en école que les futurs chefs apprennent à décrypter les pratiques, les références et les contraintes de leurs alliés. En réunissant plusieurs écoles de sous-officiers, le JAB vise ancrer des réflexes indispensables aux engagements multinationaux : communiquer avec acuité, s’adapter à une culture amie et distincte, et bâtir une confiance réciproque autour de procédures rodées.
« Nos futurs sergents prennent ainsi conscience de la singularité du sous-officier français, que l’armée de Terre française forme rapidement à être un chef autonome. » Lieutenant-colonel Charles.
Une fraternité d’armes sans frontière
En ouvrant son dispositif d’aguerrissement, l’ENSOA valorise le modèle français du sous-officier, chef de contact, autonome et responsable. Cadres, instructeurs et élèves ont croisé leurs approches du commandement, de la pédagogie et de la préparation au combat.
« C’est une occasion importante de confronter nos modes d’instruction à des situations différentes et de mesurer nos capacités aux côtés des élèves français », souligne l’adjudant-chef Alfredo, chef de section au sein de la Scuola di Applicazione e Istituto di Studi militari dell'Esercito, école de formation des sous-officiers, homologue italienne de l’ENSOA. « Nous découvrons des procédés proches des nôtres, mais suffisamment différents pour enrichir notre pratique. »
Au terme de l’aventure, la remise de l’insigne d’aguerrissement de l’ENSOA couronne l’effort, mais surtout la confiance tissée entre des élèves appelés, demain, à servir côte à côte, ensemble. Cette première édition valide l’ambition de l’ENSOA : placer l’échange interallié au cœur de la formation pour bâtir une culture militaire commune.
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