Les traditions du 9e régiment d'infanterie de Marine
Fondé en 1890, le 9e régiment d'infanterie de Marine (9e RIMa) a célèbré son 135e anniversaire en mars 2025. Son histoire riche s'étend des combats en Extrême-Orient contre les Annamites, les pirates chinois, les Siamois, et les Japonais, jusqu'à son rôle dans la pacification du Tonkin et les opérations en Chine au cours du XXe siècle. Dissous puis recréé à plusieurs reprises, le régiment a trouvé son ancrage en Guyane en 1976, devenant un acteur clé de la sécurité et de la stabilité régionale.
Le Drapeau
Le 15 octobre 1895, le 9e régiment d'infanterie de Marine reçoit son drapeau à Hanoï, cinq ans et demi après sa création. Le général BICHOT, commandant en chef aux 9e et 10e de Marine fit alors cette allocution :
"Colonels, je remets ces drapeaux à la garde de vos régiments. Je ne sais s'ils iront souvent sur le chemin de la gloire, mais ce dont je suis certain, c'est qu'ils suivront toujours celui de l'honneur".
Le lieutenant-colonel COLONA DE GIOVILLINA prit le premier drapeau du régiment où étaient inscrits quatre faits d'armes auxquels les unités qui formèrent le 9e RIMa participèrent :
ALMA 1854 - en souvenir des combats de la Crimée
PALIKAO 1860 - en souvenir des combats de Chine
TONKIN 1883 - en souvenir de la pacification du Tonkin
TOMBOUCTOU 1890 - en souvenir de l’épopée d’Afrique Occidentale Française
Les faits d'armes du régiment :
TIEN-TSIN 1900
PEKIN 1900
INDOCHINE 1945-1946
AFN 1952-1962
Les décorations détenues par le régiment sont de deux sortes :
- Les noms de batailles inscrites sur l’emblème régimentaire ;
- Les décorations pendantes sur sa cravate et les fanions de ses compagnies.
Le régiment détient huit noms de batailles sur la soie de son drapeau. Il est le seul régiment en activité de l'armée française à détenir l'inscription Tombouctou. Le régiment est décoré de la croix de guerre 1939 - 1945 avec palme, remise en mars 1946 des mains du général Leclerc. Elle récompense son action héroïque lors de ce conflit en Indochine face aux forces nippones.
Le bataillon colonial sibérien, armé principalement par le régiment, est décoré par la croix de guerre 1914 - 1918 avec palme. Elle récompense son comportement exceptionnel lors de la première guerre mondiale lorsqu'il fut engagé en Russie.
La 3e compagnie du 3e bataillon du 9e RIC est décorée de la croix de guerre 1939 - 1945 avec palme grâce à son comportement sans faille lors du premier coup de force du Japon en Indochine en septembre 1940.
Les insignes du 9e RIMa
Le régiment a connu cinq versions d’insignes depuis sa création, dont une en tant que bataillon.
1939. La première version de l'insigne non homologuée est réalisée en Indochine en 1939 par le lieutenant-colonel Marc. Se trouvent représentés un marsouin et la devise « Marsouin toujours », symbolisant sans équivoque l’infanterie de marine. Le lieutenant-colonel Marc est à l’origine de la devise du régiment.
1956. Les deux versions suivantes, homologuées le 19 mai 1956 sont réalisées par le colonel Vigué en Algérie. Se trouve représentée la Pagode Môt Côt, dite pagode au pilier unique, symbolisant le Tonkin et Hanoï, la garnison de tradition du régiment. Les deux types diffèrent sur le marquage RIC, transformé ultérieurement en RIMa.
1977. La version spécifique « 9e BIMa » homologuée en 1977 est réalisée en Guyane par le chef de bataillon (TA) Desmottes. Se trouvent représentés la pagode au pilier unique rappelant l’Indochine ainsi que deux tamanoirs de sable s’affrontant aux côtés de deux lotus, symbolisant les armes de Cayenne. L’ensemble est surmonté d’une couronne de muraille d’or entourant naguère la ville et comporte l’inscription 9e BIMa.
Depuis 1922. La cinquième version, homologuée le 17 septembre 1992, est réalisée en Guyane par le lieutenant-colonel Génin. Elle reprend la symbolique de la version type III et comporte une inversion de couleur de l’écu turquin en bleu azur et du flot azur en turquin. La Pagode n’est plus gravée mais placée en surimpression.
L'étoile forêt
Cet insigne reprend la chimère ou dragon, chère à la mythologie asiatique. Elle est lovée autour d’un glaive pointé vers le ciel avec l’inscription 9e RIMa. La symbolique choisie rappelle le passé indochinois du régiment, qui est par ailleurs, héritier des traditions des régiments de tirailleurs tonkinois. Remis aux stagiaires étrangers brevetés lors du stage de combat jungle en Guyane, il est inspiré en grande partie de l’insigne de béret explicité précédemment, auquel a été ajoutée une étoile chérifienne, symbole de l’Afrique du Nord mais surtout, dans le cas présent, de la spécialité d’éclaireur.
L’insigne de l’étoile forêt est propre au régiment. Décliné en trois niveaux, bronze, argent, or, il peut être attribué à titre normal, exceptionnel ou honorifique. Distinguant celui ou celle qui a servi en opération en jungle, il marque de manière visible l’expérience opérationnelle en forêt. Le dernier niveau implique une détention par le récipiendaire d’un stage international jungle qualifiant, en plus du nombre de jours d’engagement en forêt requis.
La remise à titre honorifique, quant à elle, a vocation à mettre en valeur un personnel qui a contribué pleinement à la réalisation de la mission du régiment sans pour autant avoir été engagé sur le terrain.
Le chant régimentaire
Le chant du régiment des 3A est créé durant l’année 1996 sous l’impulsion du lieutenant-colonel Turpin. Ses paroles sont écrites conjointement par l’adjudant Athéo et le capitaine Sauvin, alors commandant d’unité de la première compagnie. Il est remanié en 2010, notamment dans son dernier couplet, pour suivre au plus près l’actualité opérationnelle du régiment en intégrant l’opération Harpie.
I
Du Tonkin à la Guyane
De Hanoï à l’île Cayenne
Sur les jonques du fleuve Rouge
Aux pirogues du Maroni
REFRAIN
L’ancre d’or du chiffre neuf
En terre amazonienne
De tri jonction à borne six
L’enfer vert du Marsouin
II
Sur la piste de nos anciens
Aujourd’hui nous avançons
Nous sommes fiers de servir
Au neuvième de marine
III
La métropole t’est inconnue
Régiment des trois Alphas
En Asie ou pour Harpie
Loin du pays toujours combat
Ils sont devenus parrains de promotions
Le sous-lieutenant Hervé Artur, chef de section et héros de Palestro, où il tombe héroïquement à la tête de ses hommes le 18 mai 1956. Pour le quarantième anniversaire de sa mort, la promotion du IVe bataillon de l’école spéciale militaire de Saint-Cyr de février à mai 1996 est baptisée du nom de « Promotion sous-lieutenant Artur ». Il est titulaire de la Légion d’honneur et de la croix de la valeur militaire avec palme à titre posthume.
Le sergent-chef Louis Pajot a donné son nom à la 172e promotion, formée du 3 mai au 25 juin 1998 à l'école nationale des sous-officiers d'active de Saint-Maixent. Né en Indochine en 1929, résistant au coup de force nippon de mars 1945 en tant qu’enfant de troupe de l’école de Dalat, il est capturé puis déporté. Il est torturé par l’ennemi qui trouve le drapeau de l’école dissimulé sous ses vêtements. Engagé par la suite dans les commandos parachutistes, il combat au Tonkin. Ultérieurement, il participe au sein du 9e RIMa à la guerre d’Algérie où il trouve la mort lors d’un violent accrochage le 29 mai 1959 en grande Kabylie. Il est titulaire de la Légion d’honneur, de la médaille militaire, de la croix de guerre des TOE avec deux citations et de la croix de la valeur militaire avec palme.
L’adjudant Daniel Bernard est le parrain de la 183e promotion de l’ENSOA, formée à Saint-Maixent du 6 juin au 2 décembre 1999. Né en 1914 et engagé à 21 ans au 21e RIC stationné alors au Maroc, après avoir servi en Syrie, il part pour l’Indochine en 1941 au sein du 9e RIC. Il résiste au coup de force des Japonais du 9 mars 1945 dans le village de Lang Son. Capturé, il ne sera libéré qu’en septembre 1945. Il pèse alors 35 kg et a subi de terribles tortures. Rapatrié pour raisons sanitaires, il est appelé à servir à nouveau en Indochine, par deux fois, mais cette fois-ci contre le Vietminh. En 1955, affecté au 2e RIC, il sert en Algérie où il trouve la mort au combat le 5 avril 1956, d’une balle en pleine poitrine. Il est titulaire de la Légion d’honneur, de la médaille militaire, de la croix de guerre 1939-1945, de la croix de guerre des TOE et de la croix de la valeur militaire.
L’adjudant-chef Stéphane Moralia est le parrain de la 338e promotion de l’ENSOA, formée à Saint-Maixent du 25 novembre 2019 au 3 avril 2020. Né en 1983, il s’engage à 19 ans au régiment de marche du Tchad. Il est successivement engagé en Côte d’Ivoire en 2003 (Licorne), en Afghanistan en 2005 (Pamir), au Kosovo en 2007 (Trident), puis au Liban en 2008 (Daman). En 2009, il est pour la première fois sur le continent sud- américain, en Guyane, dans le cadre de la mission Harpie. En 2011, il est envoyé en mission au Tchad (Epervier), puis retourne en République de Côte d’Ivoire. Le 1 août 2011, il est affecté au 9e RIMa comme sous-officier adjoint au sein des CRAJ. Le 27 juin 2012, engagé dans le secteur de Dorlin pour Harpie, il est grièvement blessé au cours d’un accrochage avec des tireurs embusqués et meurt des suites de ses blessures. Il est détenteur d’une citation du niveau régiment avec attribution de la croix de la valeur militaire, de la médaille d’outre-mer et de la médaille d’or de la Défense nationale avec citation à l’ordre du régiment.
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