Indochine
Située sur le continent asiatique, la péninsule indochinoise est composée de cinq entités géographiques distinctes : une colonie, la Cochinchine, à laquelle s’ajoutent quatre protectorats dont le Tonkin. Les premiers éléments expéditionnaires débarquent en Indochine en 1858, du fait d’exactions commises initialement à l’encontre de prêtres. La France saisit cette opportunité afin de prendre pied au Tonkin, qui constitue une occasion rêvée d’accroître l’empire colonial en Asie.
L’Indochine deviendra d’ailleurs officiellement l’Union indochinoise française en 1887. Mais la situation n’est pas simple dans la sous-région chinoise : la Chine est alors en proie à une révolte fomentée par des soldats irréguliers depuis 1850.
Après les avoir repoussés au sud de son empire puis finalement expulsés, principalement au Tonkin en 1864, l’empire du milieu va finalement s’appuyer sur ces soldats pour tenter de s’opposer à la nouvelle puissance coloniale émergente qu’est la France. Sur fond de guerre francochinoise de 1881 à 1885 puis de nombreuses campagnes, l’épopée coloniale française forme peu à peu le régiment de marche du Tonkin n°2.
Créé le 23 janvier 1888 et basé à Hanoï, il changera d’appellation en mars 1890 pour devenir le 9 régiment d’infanterie de la marine (9 RIM) puis le 9 régiment d’infanterie coloniale (9 RIC) en janvier 1901. C’est donc bien le 9 RIM qui participe à l’expédition visant à s’opposer à la révolte des Boxers, l’une des sociétés secrètes qui n’acceptaient pas les nombreuses représentations occidentales en Chine. Cette révolte, parsemée de combats acharnés comme à Tien-Tsin ou sur les forts du Pei-Ho, le mena jusqu’à Pékin en août 1900, au cœur même de la cité interdite, avant de revenir à Hanoï.
Le déclenchement de la première guerre mondiale mobilise près de trois millions d’hommes ce qui permet d’aligner 177 régiments d’infanterie de ligne et autant de réserve, une quarantaine de bataillons de chasseurs à pied et près de 18 régiments d’infanterie coloniale. Près de huit millions de soldats français vont combattre durant les quatre années que va durer ce conflit.
Cependant, le 9 colonial n’y est engagé qu’à partir de 1917 dans le cadre de la révolution russe. Plusieurs compagnies du régiment forment alors le bataillon colonial français de Sibérie, pour une campagne hivernale courte mais particulièrement rude qui vaudra la croix de guerre avec palme au fanion du bataillon. Pendant cette parenthèse sibérienne, la portion centrale fait face à quelques révoltes sur le sol tonkinois.
Des années vingt jusqu’au début de la seconde guerre mondiale, le régiment renoue avec des activités plus traditionnellement menées par un corps de troupe stationnant aux colonies. Il poursuit ses opérations de présence, en profite pour parfaire son entraînement mais aussi pour entretenir les liens de confiance avec la population indochinoise.
De septembre 1939 à mai 1940 jusqu’à l’invasion éclair de l’hexagone déclenchée le 10 mai 1940 et qui trouve son épilogue avec l’armistice du 21 juin 1940, l’Indochine semble préservée. Cependant dès septembre 1940, le Japon en guerre avec la Chine est soucieux d’empêcher l’approvisionnement des troupes ennemies par le biais du Tonkin. L’empire du soleil levant envahit le nord de l’Indochine le 24 septembre.
Plus de vingt-cinq mille hommes, rapidement renforcés, parviennent ainsi à s’emparer de l’ensemble des points sensibles convoités. Sous-équipés, ne pouvant aligner que cinq milles hommes face à cet ennemi volumineux, le 9 RIC fait face avec bravoure à cette invasion aux côtés d’autres régiments.
Une fois leurs opérations réussies et les points clés saisis, les Nippons se ravisent rapidement et rétrocèdent tous les sites capturés à l’autorité française. En effet, après réflexion, les Japonais jugent plus judicieux de laisser l’Indochine sous le contrôle de l’autorité française plutôt que d’en assurer eux-mêmes la gestion. À partir de cette date, environ huit mille soldats nippons vont stationner sur l’ensemble du territoire et ce statu quo particulier va perdurer jusqu’au 9 mars 1945.
Au soir du 9 mars 1945, toutes les garnisons et emprises françaises sont attaquées une nouvelle fois par les forces japonaises. Plusieurs hauts dignitaires français sont invités à des réceptions par les autorités nippones, prétextes fallacieux pour les regrouper. In fine capturés, certains d’entre eux sont décapités au sabre. Malgré cet acte d’une traîtrise jusqu’alors inégalée, le régiment, à l’instar des autres unités présentes dans toute l’Indochine, résiste héroïquement durant près de vingt-quatre heures dans la citadelle d’Hanoï où il tient garnison et parvient à préserver son drapeau. Cette résistance accorde au régiment l’honneur d’être décoré de la croix de guerre 1939-1945 avec palme par le général Leclerc au mois de mars 1946.
L’inscription Indochine 1945-1946 est ajoutée dans ses plis. Quelques temps après cette prise d’armes, le régiment sera dissous et son emblème rejoindra le musée des armées pour un repos mérité mais heureusement temporaire.
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